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Accessibilité d’un site internet : qui est concerné et par où commencer

Une partie des sites d’entreprise est soumise à une obligation d’accessibilité depuis le 28 juin 2025. Les autres n’ont rien à craindre juridiquement, mais perdent des clients sans le savoir. Dans les deux cas, l’essentiel se règle à la construction et coûte presque rien.

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Création de sites web

L’accessibilité numérique souffre de deux malentendus opposés : les uns la croient obligatoire pour tout le monde, les autres la croient réservée aux administrations. La réalité est plus précise, et se lit dans un texte daté. Cet article dit qui est concerné, ce que la règle demande, ce que cela change dans la fabrication d’un site, et comment vérifier le sien sans être spécialiste.

Qu’est-ce qu’un site accessible, concrètement ?

Un site qu’une personne peut utiliser quel que soit son moyen d’y accéder : au clavier seul, avec un lecteur d’écran, en agrandissant le texte, sans percevoir les couleurs, sans le son. L’accessibilité ne change pas ce que le site montre ; elle garantit qu’il reste utilisable autrement qu’à la souris et à l’œil.

Le mot évoque souvent la cécité, mais la population concernée est bien plus large : une personne âgée dont la vue baisse, quelqu’un qui navigue au clavier parce que sa souris est cassée, un visiteur dans un train qui coupe le son, une personne daltonienne devant un graphique où seule la couleur distingue deux courbes. Toutes ces situations se règlent par les mêmes gestes.

Concrètement, un site accessible a des contrastes suffisants entre le texte et son fond, des images décrites quand elles portent une information, des champs de formulaire dotés d’une étiquette lisible par une machine, une navigation possible au clavier avec un focus toujours visible, une structure de titres qui suit un ordre logique, et des messages d’erreur qui expliquent quoi corriger.

Rien de tout cela n’est spectaculaire. C’est précisément le problème : personne ne remarque une accessibilité correcte, et tout le monde bute sur son absence.

Quelles entreprises sont soumises à l’obligation ?

Trois cercles. Le secteur public depuis longtemps. Les grandes entreprises dont le chiffre d’affaires en France dépasse deux cent cinquante millions d’euros. Et, depuis le 28 juin 2025, les opérateurs de certains services couverts par la directive européenne 2019/882, transposée par l’ordonnance n° 2023-859 du 6 septembre 2023.

Le troisième cercle est celui que les entreprises connaissent mal. La directive dite « acte européen sur l’accessibilité » ne vise pas tous les sites : elle vise des services identifiés, parmi lesquels le commerce électronique, les services bancaires, les transports de voyageurs, les communications électroniques et les livres numériques. Un site vitrine qui ne vend rien en ligne n’entre pas dans cette liste ; une boutique en ligne, oui.

Une exemption importante existe pour les services : les micro-entreprises, entendues comme les structures de moins de dix personnes dont le chiffre d’affaires annuel ou le total du bilan ne dépasse pas deux millions d’euros, ne sont pas soumises à l’obligation. Beaucoup de commerces qui vendent en ligne relèvent de cette exemption. Elle les dispense de la contrainte, pas de l’intérêt.

Une précision utile avant de conclure quoi que ce soit : ces seuils déterminent une obligation légale, et une obligation légale n’est pas la mesure de ce qui est souhaitable. Un site inutilisable au clavier perd des clients dans les deux cas.

Que demandent le RGAA et les WCAG, en pratique ?

Les WCAG sont la norme internationale ; le RGAA en est la déclinaison française, qui traduit chaque exigence en critères à vérifier un par un. Le niveau retenu par la réglementation est le niveau AA de la version 2.1, qui est le standard de fait dans toute l’Europe.

Les WCAG s’organisent autour de quatre principes : le contenu doit être perceptible, utilisable, compréhensible et robuste. Sous ces principes, des critères concrets et testables. Le niveau A rassemble le strict minimum, le niveau AA le seuil raisonnable et exigé, le niveau AAA un idéal rarement atteignable sur un site entier.

Le RGAA reprend ces critères et les transforme en une méthode de test française, avec une grille et une procédure. Son intérêt pratique est là : il ne demande pas d’interpréter un principe, il demande de répondre oui ou non à des questions précises, ce qui rend l’audit reproductible et le résultat opposable.

Les organismes soumis à l’article 47 de la loi du 11 février 2005 doivent en outre publier deux documents : une déclaration d’accessibilité indiquant le taux de conformité mesuré, et un schéma pluriannuel décrivant le plan de mise en conformité. Ces documents sont publics, et leur absence se remarque immédiatement.

Par où commencer quand rien n’a été prévu ?

Par les quatre corrections qui règlent la majorité des blocages réels : les contrastes, la navigation au clavier, les étiquettes de formulaire et les textes de remplacement des images. Elles ne demandent aucune refonte et se traitent page par page, en commençant par le parcours qui mène à la prise de contact.

L’erreur classique consiste à viser la conformité totale d’emblée, à découvrir l’ampleur du chantier, et à ne rien faire. La bonne méthode est celle d’un audit ordinaire : hiérarchiser par l’effet réel sur un utilisateur, traiter d’abord ce qui empêche complètement, ensuite ce qui gêne, enfin ce qui déplaît.

  • Contrastes : vérifier que le texte se détache assez de son fond, y compris les libellés gris clair et les textes posés sur une image.
  • Clavier : parcourir tout le site à la touche de tabulation, sans souris, et vérifier que le focus reste visible et qu’aucun piège n’enferme la navigation.
  • Formulaires : donner à chaque champ une étiquette visible et liée, et écrire des messages d’erreur qui nomment le champ et le geste à faire.
  • Images : décrire celles qui portent une information, laisser vide le texte de remplacement des images purement décoratives.
  • Structure : un seul titre principal par page, puis des niveaux qui se suivent sans en sauter.

L’accessibilité oblige-t-elle à renoncer au design ?

Non, elle oblige à décider. Un contraste insuffisant, un focus supprimé parce qu’il « fait moche », un libellé de champ remplacé par une indication qui disparaît à la saisie : ce ne sont pas des choix esthétiques, ce sont des raccourcis. Les contraintes d’accessibilité éliminent surtout de mauvaises habitudes.

Le contour de focus est le cas d’école. Beaucoup de sites le suppriment d’une ligne de code parce qu’il apparaît au clic. La bonne réponse n’est pas de l’effacer mais de le dessiner : un anneau net, aux couleurs du site, qui ne s’affiche qu’à la navigation au clavier. Cela demande une heure et améliore l’objet.

Le second cas est le texte gris pâle sur fond blanc, très répandu parce qu’il paraît discret. Il devient illisible dès qu’un écran est mal réglé ou qu’un visiteur lit dehors. Remonter ce contraste rend le site plus lisible pour tout le monde, pas seulement pour ceux qui en avaient besoin.

Sur ce site, ces choix ont été pris à la construction et non ajoutés après coup ; les choix techniques du dossier de l’Épure n° 00 les détaillent, comme ils détaillent les mesures de vitesse.

L’accessibilité aide-t-elle le référencement ?

Indirectement, et solidement. Un moteur de recherche est un utilisateur qui ne voit pas les images, n’entend pas les vidéos et lit la page dans l’ordre du code. Presque tout ce qui rend un site utilisable par un lecteur d’écran le rend aussi lisible par un robot d’indexation.

La correspondance est nette sur quatre points. Une structure de titres cohérente aide le lecteur d’écran à naviguer et aide le moteur à comprendre le plan de la page. Un texte de remplacement décrit une image pour l’un et la référence pour l’autre. Un texte de lien explicite annonce la destination dans les deux cas. Un balisage propre, enfin, sert les deux lectures.

Ce n’est pas un critère de classement déclaré, et il ne faut pas le vendre comme tel. C’est une conséquence de construction : les sites bien faits pour les personnes se trouvent être bien faits pour les machines, parce que les deux lisent la même structure.

Comment vérifier son site sans être expert ?

Trois tests gratuits, en une demi-heure, suffisent à savoir si le sujet est urgent : la navigation au clavier seul, l’audit automatique intégré aux navigateurs, et l’agrandissement du texte à deux cents pour cent. Ils ne remplacent pas un audit RGAA, mais ils révèlent l’essentiel des blocages.

Le test du clavier est le plus révélateur et ne demande aucun outil : posez la souris, parcourez une page entière à la touche de tabulation, essayez d’ouvrir le menu, de remplir le formulaire, de fermer une fenêtre surgissante. Si vous n’y arrivez pas, une partie de vos visiteurs non plus.

Les outils automatiques intégrés aux navigateurs détectent les contrastes insuffisants, les étiquettes manquantes et les images sans description. Ils repèrent une partie des problèmes seulement, jamais la totalité, parce qu’aucune machine ne juge si une description est juste. Ils suffisent pour établir une liste de départ.

Le moment le moins cher pour traiter le sujet reste la fabrication : intégrer ces règles pendant les étapes de création d’un site coûte quelques heures, les rattraper après en coûte plusieurs jours. C’est aussi une question à poser au prestataire avant de signer, au même titre que celles listées dans les questions à poser avant une refonte.

À retenir.

  • L’obligation issue de la directive européenne s’applique depuis le 28 juin 2025, à des services identifiés, pas à tous les sites.
  • Les structures de moins de dix personnes sous deux millions d’euros bénéficient d’une exemption pour les services concernés.
  • Le RGAA traduit les WCAG en critères testables ; le niveau visé par la réglementation est AA.
  • Quatre correctifs règlent la majorité des blocages : contrastes, clavier, étiquettes de formulaire, textes de remplacement.
  • Supprimer le contour de focus n’est pas un choix de design, c’est une régression.
  • Ce qui rend un site utilisable par un lecteur d’écran le rend aussi lisible par un moteur de recherche.
  • Trois tests gratuits en une demi-heure disent si le sujet est urgent.

Questions fréquentes

Une surcouche d’accessibilité règle-t-elle le problème ?

Non. Ces scripts ajoutés à une page promettent une mise en conformité automatique ; ils corrigent des symptômes en surface, entrent souvent en conflit avec les lecteurs d’écran, et n’exonèrent d’aucune obligation. Les associations d’utilisateurs les déconseillent. La correction se fait dans le code du site.

Que risque une entreprise qui ne respecte pas l’obligation ?

Lorsqu’elle y est soumise, elle s’expose à une sanction administrative dont le plafond est fixé par décret, prononcée après mise en demeure. Le risque commercial est souvent plus immédiat : un client qui ne parvient pas à commander va ailleurs et ne signale jamais pourquoi.

Faut-il refaire son site pour le rendre accessible ?

Rarement. Contrastes, étiquettes, focus et descriptions d’images se corrigent sur un site existant, sans toucher à sa conception. La refonte ne s’impose que lorsque la structure elle-même est en cause : navigation impossible sans souris, contenu affiché par des images de texte, composants faits maison qui ignorent les standards.

Les documents PDF publiés sur un site sont-ils concernés ?

Oui, un document mis à disposition fait partie du service. Un PDF issu d’un scan est une image : il n’est lisible par aucun lecteur d’écran. La solution la plus économique est souvent de publier l’information en page web, et de réserver le PDF aux documents qui doivent être imprimés tels quels.

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